jeudi 27 août 2009

Spiral Jetty1 par The Other Theater ou L'homme qui rit à la fenêtre


Points de rencontre entre l’art, le design et le cadre plus large de la vie ; qu’elles invitent le public à participer ou non, les performances artistiques constituent des échappées hors du temps et de la réalité quotidienne. Elles permettent par cette prise de distance de soulever des questionnements sur nos actions et nos intéractions en offrant deux cadres de réflexion : celui établi par le contenu-même de la performance mais aussi celui de la place inédite de cette performance dans notre quotidien. C’est cette double réflexion que je veux exposer ici.

Pour l’expérience architecturale de spiral jetty1 organisée par The Other Theater, nous étions une vingtaine de personnes inscrites à chacune des trois représentations les 4 et 5 avril. Le participant était amené à vivre une expérience architecturale inspirée des écrits de Robert Smithson, artiste phare du Land Art dont l’oeuvre la plus connue reste Spiral Jetty, cette jetée artificielle qui s’inscrit dans le paysage du Great Salt Lake  en Utah depuis sa construction en 1970. 

De l’expérience, les informations données lors de l’inscription ne renseignent que sur ses modalités : le participant sera muni d’un i-pod qui lui dictera des actions qu’il sera libre de faire ou non, la performance se déroulera dans un espace intérieur, celui du centre chorégraphique de Montréal et le participant lègue son droit à l’image pour les archives de l’événement.

La référence smithsonienne donne toutefois quelques indices sur le contenu de cette performance dont nous serons les pantins consentants : on peut s’attendre à une réflexion sur le construit et l’artificiel versus le naturel.


Lorsque nous arrivons à l’heure du rendez-vous, la faune présente est presque trop typique. De la même manière que tous les architectes s’habillent en noir, il y a comme un costume du participant aux expériences artistiques que nous avons tous revêtu pour l’occasion. En miroir, nous nous regardons vivre cette expérience.


En rang par deux et munis de nos écouteurs blancs, nous voilà foule hétéroclite et unifiée à la fois, prête à entamer la performance. L’un après l’autre, les i-pods sont mis en marche et débute notre expérience. Suivant les directives d’une voix lointaine et chaleureuse, nous entrons progressivement dans l’espace vide de ce qui doit être une salle de danse. Un corps est dessiné au sol à l’aide de tape blanc, sommes-nous sur les lieux d’un crime? Des panneaux de chantier ponctuent l’unique mur sans fenêtre. Des gradins lui font face. L’espace est grand, petit, large, haut, gris et lumineux. Nous en prenons possession en distinguant chacun de ses composants. 

Dans ce ballet silencieux, chacun semble absorbé dans ses actions. Des automates gracieux et élégants. Nous ne prenons conscience des autres que lorsque nous sommes amenés à rejoindre un repère dans l’espace. Nos lignes d’actions se superposent les unes aux autres mais sont indépendantes. Est-ce parce que nous sommes filmés ou bien parce que tout le monde semble jouer le jeu, mais nos mouvements prennent une nouvelle vitesse. Une expression silencieuse, introspective se lit sur nos visages. Quand nous sentons les gestes d’un autre participant, nous intéragissons avec lui comme dans un autre temps, une autre dimension. Entre les directives proposées par la voix, des extraits de discours ou d’essais philosophiques sur des thèmes variés allant de la vieillesse aux bulles de savon en passant par la fragilité des insectes qui ne vivent qu’un jour. Des amorces de réflexion qui nous sont offertes alors que nous arpentons l’espace. 

Lentement, nous sommes amenés à venir regarder par la fenêtre. Nous vivons la réflexion mais nous la jouons aussi. Les i-pods dirigent une chorégraphie silencieuse et forment une masse autour de la fenêtre. Là, nous restons tous quelques instants, quelques minutes, le temps est suspendu comme dans un rêve.  À l’extérieur, il y a ce que nous y projetons avec pour toile de fond ces rues et immeubles bien réels. Et dans un appartement bien réel, face à la fenêtre à laquelle nous sommes une petite dizaine à être agglutinés pendant que d’autres parcourent encore l’espace de la salle de danse ; dans cet appartement, à la fenêtre, il y a cet homme. Il est probablement chez lui, dans sa cuisine, son salon, il pleut, il est resté chez lui. Il nous voit et ne peut s’empêcher de nous faire signe. Il rit. Depuis sa fenêtre nous avons certainement l’air d’un groupe comique de fanatiques, surtout lorsqu’il entrevoit un des participants qui courrent en rond derrière notre groupe mélancolique compressé près de la fenêtre. Cette intéraction imprévue provoque un malaise, ou tout du moins elle perturbe cet état dans lequel nous sommes projetés depuis le début de l’expérience, cette barrière que nous avons créée avec notre jeu élégant de mouvements lents et qui nous protège du bruit extérieur, cette barrière est comme rompue par cette irruption. Je cesse dès lors de vivre l’expérience comme je l’avais entamée, il y a désormais deux temps : celui de l’expérience spatiale que je suis venue vivre et celui de la réalité à l’extérieur de cet espace. Je jongle entre ces deux positions. La situation que me propose The Other Theater me plonge dans une introspection mais je ne peux pas m’empêcher de soulever ce malaise, ces doutes, ces questionnements qu’amène la rencontre avec cet homme qui, depuis sa fenêtre, rit de nous. 

Comment, dans cette expérience très personnelle et qui s’adresse à mon sentiment intime de l’espace, comment puis-je être si étrangère à cet individu? Si je veux créer et participer à des expériences de ce genre, c’est parce que dans les dispositifs qu’elles offrent, elles permettent de revenir à un sentiment d’origine. En expérimentant l’espace, j’y suis confrontée en tant que personne. Cela en devient une expérience presque ontologique et en ce sens elle est accessible à n’importe qui. Comment se crée alors cette distance avec cet homme qui rit de moi? Comment par l’image que notre groupe de personnes agglutinéés à la fenêtre, nous rejetons les personnes agissant à l’extérieur de la performance? Pourquoi crée-t-on par notre apparence, notre jeu, un rempart contre les personnes étrangères à ces formes d’expression artistique? Une telle expérience ne devrait-elle pas être ouverte au maximum de gens? N’est-ce qu’une utopie que de vouloir faire partager cette réflexion sur l’espace? Peut-être vaut-il mieux, par défaut, ne l’ouvrir qu’aux personnes ayant déjà des clés d’accès aux pratiques et théories artistiques. Si elles concernent ici les formes performatives de l’art, ces questions ne sont pas pour autant spécifiques à cette forme d’expression. On retrouve ces mêmes problématiques dans la réception de l’art contemporain et actuel : Combien de personnes s’interdisent de plonger dans la couleur d’un Rothko pensant qu’il y a nécessairement une histoire dont ils doivent retrouver le fil? Faut-il avoir une connaissance des problématiques de l’art pour comprendre qu’une oeuvre peut finalement être perçue de manière directe et sensorielle? Il semblerait qu’une connaissance minimum de l’histoire de l’art  dédramatise la compréhension d’une oeuvre comme une clé d’accès pour une expérience finalement très simple. Un détour. 





Je m'excuse pour cette mise en page plus qu'indigeste, c'est un copier-coller que blogspot ne digère pas et je n'ai pas le courage de venir retaper ce texte mot à mot. Cet article a été proposé à la revue Esse. Trop subjectif, il a été refusé ce qui me permet de le publier ici.

mercredi 24 juin 2009

Le nuage vert de HeHe

Nuage Vert from HeHe on Vimeo.

Le nuage vert de HeHe (Helen Evans et Heiko Hansen) est une installation environnementale qui projette une ombre vert fluo sur un nuage de fumée rejeté par un incinérateur. Avec à une camera thermique reliée à un laser, la projection ne fait pas qu'utiliser la fumée comme support mais elle vient révéler ce nuage. Un projet intéressant parce qu'au-delà de son efficacité visuelle, il engage de nombreuses questions esthétiques, environnementales et politiques. 

Vous retrouverez toute l'histoire du nuage vert ici ou comment le projet a remporté un franc succès lors de sa réalisation lors du festival Ars Electronica en Finlande mais reste encore avorté à la mairie de Saint-Ouen.

Ce qui m'intéresse ici, au-delà de la frivolité de la mairie de Saint-Ouen à accueillir un tel projet (quoique, voyez, j'aime tout de même enfoncer le clou), c'est l'ambiguïté de ce nuage vert. Cette installation désigne la fumée en même temps qu'elle offre un spectacle aux habitants de la ville. Elle ne dénonce pas en soi, il n'y pas de discours arrêté sur l'émission de ces incinérateurs, mais en désignant elle propose au public de se faire sa propre interprétation. Lors de sa présentation à Helsinki, les habitants étaient invités à débrancher leurs appareils électriques, ceci ayant pour conséquence de faire grandir le nuage. Oui, oui, grandir parce qu'il y a plus d'énergie disponible pour que l'incinérateur fonctionne. Lors de cette action, les habitants n'ont donc pas participer à une réduction immédiate de la consommation énergie puisque la leur s'est vue compenser par l'action de l'incinérateur mais ils ont été sensibles à la matérialisation de l'énergie. Celle-ci permet, par la couleur, d'objectiver cette donnée souvent impalpable et à plus long terme de conscientiser la population. 

Matérialiser l'énergie c'est également un des objectifs de la Fondation Edf, on se souvient des prises qui viennent souligner la consommation inutile des appareils en veille mais aussi de l'horloge comparée de consommation imaginée par François Brument. 
Et ce même vert fluo dans l'horloge. Si cette couleur qui, suivant le contexte, est liée à l'écologie (on ne compte plus le nombre de logos écolos qui bourgeonnent à tout va : vert pour l'écologie, fluo pour le marketing) mais aussi à la chimie, à l'artificiel (on se souvient du lapin vert fluo, expérience loufoque d'Edouardo Kac), est tant utilisée dans les discours sur l'environnement, c'est peut-être qu'au-delà de cette ambiguïté de sens, le vert fluo, oxymore coloré, contient à lui tout seul la conscience de l'environnement (vert) et l'action (aussi artificielle et chimique soit-elle) de l'homme (fluo). 



Le nuage vert était présenté dans l'exposition Science Vs Fiction de Bétonsalon.

Mix-off Pierre Lapointe + Atelier In Situ


Mix-Off, c'est une collaboration entre les architectes de l'Atelier In Situ et le chanteur Pierre Lapointe
Dans le cadre de L'OFF.T.A, le Théâtre d'Aujourd'hui a accueilli notre chorégraphie filaire. Nous sommes venus tisser une toile enfermant Pierre Lapointe jouant du Tenori-on sur son estrade. Pan par pan, la structure se complexifiait et mutait en un labyrinthe vibrant de rose fluo.



mardi 9 juin 2009

ATOM @ Mutek


Dans le cadre du festival Mutek à Montréal, ATOM de Robert Henke & Christopher Bauder Au théâtre Maisonneuve les 29 et 30 mai 2009


Les spectateurs s'installent et encerclent l'installation sur la scène-même du théâtre Maisonneuve.

64 ballons blancs gonflés à l'hélium sont organisés dans un carré de huit ballons de côté. Lorsqu'on pénètre dans la salle obscure, une douzaine de spots rouges au plafond constitue l'unique éclairage. Et un ballon s'allume, puis deux, puis tous se mettent à littéralement clignoter sur la trame de fond électronique des djs Robert Henke et Christopher Bauder. Tous reliés à un petit moteur qui enroule et déroule leurs fils, et les allume et fait clignoter, les ballons montent et descendent dans l'espace aux proportions d'un cube. Les figures jouent sur le rythme et la déconstruction d'un cube dans un feu d'artifices à l'hélium. Tantôt dispersés dans une foule de ballons, puis assemblés en différents pans et lignes dans une chorégraphie rythmée, les ballons s'affranchissent des lois de la gravité et définissent un nouvel espace en hauteur. 



mercredi 3 juin 2009

Les photomontages de Yona Friedman

Cet article est publié en lien avec l'exposition Science versus Fiction à Bétonsalon


Depuis les années 60, l’architecte hongrois Yona Friedman élabore le concept de villes spatiales. Dans la même veine que les expérimentations conceptuelles d’Archigram, ses villes spatiales offrent une structure sur laquelle viennent se raccrocher des cellules d’habitat mobiles. L’infrastructure qui fournit les fluides et sur laquelle se rattachent des voies de circulation devient ainsi la base sédentaire d’un mode de vie nomade. 

Avec son bureau qui ressemble à une étagère où tout s’empile en zones organisées, l’appartement parisien de Friedman reflète son concept de ville spatiale. Si l’organisation de son mode de vie reflète ses concepts architecturaux, les moyens auxquels il a recours pour la conception de ses nouveaux projets en disent encore long sur sa pensée architectuale. 



Entre réalité et fiction, Yona Friedman utilise des photographies sur lesquels il vient redessiner. Ces photographies d’environnements existants sont la base sur laquelle il vient ajouter un possible. Coexistent alors réalité et fiction comme si la réalité engendrait elle-même sa propre fiction. Les photomontages de Friedman deviennent des extensions de la réalité et les projets qu’ils soient par la suite réalisés ou non deviennent des réalités possibles. De là découle nécessairement un autre regard sur l’architecture construite : elle reste une proposition. C’est une interaction plus forte avec le public qui reçoit toujours cette proposition architecturale sans la prendre pour acquise.

Les photomontages de Friedman ne sont donc pas un moyen plus ou moins efficace qu’un autre pour exprimer un projet car ils disent bien plus que cela. S’ils font partie intégrante de sa pratique architecturale, ils sont également inhérents à sa conception-même de l’architecture.


Cette analyse des outils utilisés par les architectes pour concevoir leurs projets a fait l’objet d’une exposition à l’Architekturzentrum de Vienne en 2008. La commissaire Elke Krasny qui avait alors présenté les environnements et méthodes de travail d’une vingtaine d’architectes internationaux parmi lesquels on comptait Alvar Aalto, Diller et Scofidio ou encore Steven Holl est invitée par le Centre de design de Montréal pour continuer ses recherches auprès des architectes canadiens  (Moshe Safdie, Atelier In Situ…). Le fruit de cette enquête ainsi qu’une partie de la précédente exposition seront présentés au printemps prochain à Montréal. 

mercredi 20 mai 2009

Catastrophe

"Un grésillement, un bourdonnement, une agression. La catastrophe c'est cette panique qui s'empare de nous face aux médias. Une angoisse latente et permanente. À travers une forêt de casques munis d'écouteurs et haut-parleurs, le visiteur s'immerge dans cette expérience cacophonique qui révèle son double rôle d'acteur et de victime."

Parce que l'emballement médiatique est plus souvent représenté visuellement, j'ai pensé qu'en tentant de l'exprimer par le son et non par l'image, mon propos serait plus efficace car moins redondant. Dans un objet ambigu, le casque aérien fait de mousse blanche auquel sont rattachés des hauts-parleurs noirs tournés vers l'extérieur, j'ai cristallisé le double rôle du téléspectateur à la fois acteur de la cacophonie orchestrée par les médias mais aussi victime. 

Le but de ce dispositif d'interaction est d'offrir une expérience différente. Le public est trop habitué au discours critique sur les images choquantes et traumatisantes que propagent les médias : il n'est plus critique lui-même et ne fait que ressasser des discours maintes fois entendus. En le confrontant à la pollution sonore arrachée à son contexte, il peut alors prendre conscience de cette accumulation de nouvelles terrifiantes qu'il subit. Aucun discours n'est associé à ce projet, je suis designer et non critique spécialisée sur les médias. Il est seulement question d'amplifier un constat, celui de la pollution sonore, pour créer une expérience singulière qui amènera ou non le visiteur a faire ses propres choix.

Les casques peuvent être adaptés à deux contextes. Dans le cadre d'une exposition en galerie, ils sont suspendus dans une forêt de casques et attendent qu'un visiteur vienne en porter un. Dès lors qu'il s'en saisit, les enregistrements se mettent en route : le premier est intérieur, c'est un son "silencieux" venu des abysses, un son de vide, un bruit blanc. Le deuxième est extérieur, le visiteur qui porte le casque ne peut pas l'entendre puisque les hauts-parleurs émettent vers l'extérieur. L'enregistrement est une accumulation crescendo de nouvelles catastrophiques. Chaque casque possède son propre enregistrement, la cacophonie naissant lorsque plusieurs casques sont portés. 

Le deuxième contexte est celui du flashmob dans lequel une foule d'individus munis des casques envahit un point donné dans la ville créant ainsi un nuage cacophonique.

Le casque porte en lui cette contradiction, il isole tout en devenant source de nuisance. Pour se protéger du bruit, le participant est amené à porter un casque et ainsi participer lui aussi à la cacophonie.



Une forêt de casques exposée le Centre de Design, Montréal




mardi 21 avril 2009

Architecture de glace


Hôtels de glace et autres bars glacés pullulent. Un nouveau concept qui s'étend dans toutes les grandes villes. Une nouvelle offre. On vous vend une nouvelle expérience. Brrrr, il va faire froid, dès l'entrée, on vous prépare et vous revêtez une superbe combinaison de ski pour aller boire votre verre de vodka dans un verre, ouah, de glace!!! 
Grandiose.
Seulement voilà, au Québec, contrée qui connaît les -40, l'hôtel de glace, c'est une autre affaire. Pour la nuit ou seulement quelques heures, le visiteur ne vient pas seulement vivre une enrichissante à 12 dollars le mini-cocktail ou 300 dollars la nuit, non, il vient aussi se confronter aux éléments. comprendre la chaleur, le froid, vivre conditions extrêmes, épreuve.
Au-delà du charme polaire, du froid blanc de la neige, de la transparence et des jeux de lumière de la glace, le icehotel est conçu comme une expérience architecturale. La neige et la glace sont utilisées comme des matériaux de construction. Toutes ces nuances de blanc sont issus de deux modes de production : la neige compactée et moulée constitue l'enveloppe archée de l'hôtel tandis que la glace (composée à partir d'eau filtrée, ensuite moulée dans des blocs compacts comme de gros glaçons) vient par ses colonnes renforcer la structure.

Si les résultats peuvent être intéressants tant du point de vue structurels que créatifs, il n'en reste pas moins que l'hôtel de glace est une attraction touristique et qu'en tant que telle, elle doit vendre un produit plus accessible (en témoignent les magnifiques effets de flocons sur leur site) qu'expérimental.

étapes de construction

concours lancé aux écoles d'architecture et de design québécoises : concevoir une chambre
 


Depuis 2000, le Snow Show, lui, investit au mieux les possibilités expérimentales de l'architecture de glace. Dirigées par un thème différent à chaque édition, les équipes composées d'un architecte et d'un artiste sont invités à construire un espace. Harvested ice, experimental process, castle-ice, compacted snow... les thèmes amènent les équipes à expérimenter ce matériau-élément éphémère de multiples façons. Outre ses capacités structurelles, ses qualités esthétiques (les blocs de glace découpés dans un lac gelé n'auront pas la même couleur suivant leur profondeur), mais aussi olfactives (la glace a une odeur particulière liée à l'environnement duquel elle est extraite) deviennent des enjeux dans la conception architecturale. Quels que soient les interventions (coloration, taille, découpe, fusion...) des artistes/architectes, la glace n'est pas cet élément neutre transparent, elle réagit dans sa matière, ses aspérités. Le processus de construction tout comme la fonte de l'oeuvre réalisée font partie de l'événement.


Penal Colony, Yoko Ono & Arata Isozaki

Frozen Voids, Ernesto Neto & Ocean North

Skypool, Kiki Smith & Lebbeus Woods


Katzenauge/Catseye, Lothar Hempel & Studio Granda

Iced Time Tunnel, Tatsuo Miyajima & Tadao Ando


Red Solid, Anish Kapoor & Future Systems


Dans le kitsch et la démesure, vous pouvez également aller voir le festival de glace d'Harbin :


lundi 20 avril 2009

Olafur Eliasson

Olafur Eliasson travaille la perception dans les espaces qu'il imagine. Dans la vidéo qui suit, il revient sur le titre de l'exposition présentée au printemps dernier au MoMA. Le temps devient une donnée essentielle dans l'expérience vécue par le visiteur à travers et dans l'oeuvre, celle-ci n'existant que dans l'interaction avec l'individu.





Your waste of time, 2006





Remagine, 2002






double sunset, 1999


expectations, 1992

Pecha Kucha pecha kucha pecha kucha

Pecha kucha pecha kucha pecha kucha...

un murmure, un bruit de fond... Dans ces soirées, le spectateur est invité à échanger avec son voisin pendant une présentation, pour que règne un murmure bourdonnant.
20 images pour 6min40s, concision?
Finalement peu importe le discours, peu importe si les notes sont ordonnées et peu importe si on improvise, à Pecha Kucha souvent, les images parlent d'elles-mêmes. Le spectateur pioche et retient ce qui lui plaît... Les interventions sont inégales mais s'enchaînent sans hiérarchie aucune.

Du dernier Pecha Kucha montréalais, je veux retenir :

- La symphonie pour imprimantes de The User qui m'a vaguement rappelé l'installation mécanique de Malachi Farrell présentée au Centre Pompidou en 2005.

Le site de The User étant peu mis à jour, je n'ai pas trouvé leurs belles vidéos ni leurs autres projets qui étaient tout aussi intéressants. Voici donc pour lot de consolation une vidéo de l'atelier de couture clandestin de Malachi Farrell :




- Les aventures dans la ville de Montréal du collectif Péristyle Nomade.



lundi 13 avril 2009

Tadao Ando




Cette publication est le fruit de sept entretiens entre Michael Auping, commissaire du  Musée d'Art Moderne de Fort Worth (Texas), et Tadao Ando, architecte Japonais. Étalés sur 4 ans, les entretiens accompagnent la construction du musée et invite Tadao Ando à définir quelques concepts clés de son architecture.




Sur le centre : 

"L'idée d'un centre est très intéressante : c'est un concept plutôt occidental. Lors de son voyage au Japon, Roland Barthes a dit que c'était un pays qui ne semblait pas avoir de centre ; doté d'une grande profondeur, mais dépourvu de centre. Je crois que je porte en moi cet aspect du Japon. Pour moi, le centre d'un édifice est toujours la personne qui s'y trouve, celle qui expérimente l'espace depuis l'intérieur d'elle-même. Le défi de concevoir un espace suffisamment généreux pour permettre à chacun de devenir le centre."



Sur la lumière et l'obscurité :

"Si vous voyez la lumière, c'est grâce à l'obscurité. Dans ma maison d'Osaka, on entrait par un espace sombre et, à mesure qu'on avançait, plusieurs ouvertures, bien que restreintes, permettaient l'entrée de la lumière. Grâce à l'obscurité on sentait la forte présence de la lumière. [...] En général, il fait relativement sombre à l'intérieur d'une maison japonaise traditionnelle, Eh bien, quand vous êtes assis dans une pièce sombre et que vous regardez un jardin éclairé par la lumière naturelle, vous pouvez commencer à sentir la relation fondamentale qui lie la lumière et l'obscurité, et la raison pour laquelle elles ont besoin l'une de l'autre pour s'exprimer. Je l'ai senti dans la maison de mon enfance. J'aime que les gens parlent de la lumière dans mes édifices, mais je pense qu'il est tout aussi important de prêter attention aux ombres. Elles jouent un rôle très important. L'ombre et l'obscurité contribuent à la sérénité et au calme. Je pense que l'obscurité offre la possibilité de réfléchir et de contempler.
[...]


Les zones d'obscurité sont fondamentales, et je pense même, pour employer une image, que ces zones communiquent avec des strates de création plus ou moins profondes. Il me semble que les philosophes, les poètes, et tous ceux qui passent une grande partie de leur vie en train de réfléchir à des choses essentielles ont, dans l'endroit le plus reculé de leur paysage mental, ce que j'appellerais une cicatrice. C'est quelque chose de profond en eux, ou dans leur passé qui les amène à penser la vie d'une façon différente. Cette cicatrice leur donne envie de se battre et la force de l'exprimer. Je pense à l'architecte Daniel Libeskind, par exemple. Il est juif et je crois qu'il vit avec la cicatrice d'être juif, la cicatrice de l'histoire difficile des Juifs. Tel me paraît être l'imaginaire qui guide sa créativité. Et ses édifices contiennent justement d'importantes zones d'obscurité."Gras



Sur le mur :

"Quand les murs commencent à émerger du sol, ils ont une présence très forte. Ils proviennent de la terre et semblent pousser à partir d'elle. [...] Ils annoncent l'espace de l'édifice. Et quand on assiste au moment où les murs émergent du sol, comme vous l'avez fait, cela laisse en nous une impression très forte. Et c'est encore plus saisissant quand le mur n'a aucune ouverture. C'est comme une affirmation monolithique.
[...]
Un mur est un objet qui interroge. Quand vous regardez un mur, il y a un espace devant et derrière lui. Un mur lie deux espaces. Il peut interroger cette relation ou vous faire réfléchir sur cette relation. On peut toujours poser la question de savoir, par exemple, ce qu'il y a derrière un mur. Un mur devrait encourager les gens à penser. 
[...] 
Si vous regardez un mur devant vous, vous pouvez le percevoir comme un objet. Si vous regardez le mur de côté, vous comprenez qu'il sépare l'espace. Si ensuite il se raccorde à un autre mur, vous commencerez à le voir comme un conteneur d'espace. Alors le mur fonctionne comme un abri, comme une protection, véhicule un sentiment de sécurité concernant les éléments. C'est la fonction la plus primitive d'un mur, et c'est un des aspects les plus importants en architecture. Créer des espaces qui inspirent un sentiment de bien-être est le principal but de la construction d'un mur. Définir ses caractéristiques physiques est un défi. Un mur doit revendiquer sa présence en termes de forme et de matérialité, et vous faire sentir qu'il a son propre pouvoir et sa propre présence, sans pour autant s'imposer par la force ni vous intimider, mais plutôt en inspirant la confiance."




Sur la monumentalité :

"Quand vous visitez à Rondchamp l'église de Le Corbusier, vous ne pouvez pas dire que c'est un édifice grand, mais vous pouvez dire qu'il a des caractéristiques monumentales. Son emplacement dans le paysage et la façon dont on l'approche, favorise une sensation d'anticipation. Ce n'est pas par sa taille, mais la façon dont il se dresse dans le paysage à mesure qu'on l'approche qui nous donne la sensation d'être arrivé dans un endroit important. Le contexte et l'approche sont très importants. La même chose est vraie dans un intérieur. À Rondchamp, l'impression de grandeur de l'espace est véhiculée par la façon dont les plafonds se haussent aux bons endroits et à la bonne hauteur. On peut parler là d'éléments monumentaux."

lundi 6 avril 2009

Human carriage


Prendre l'ascenseur, monter au dernier niveau puis descendre le long de la rampe. La visite de l'exposition devait être vécue comme une expérience en soi, et l'exposition pensée comme un discours fluide. Pas de perte du visiteur dans les méandres des salles du musée, pas de découpage strict des sections de l'expo...
Intégré dans un réseau muséal, le Guggenheim rend malheureusement trop peu hommage à sa spirale et ses expositions, pour la plupart itinérantes, sont rarement spécifiques à l'architecture-même du musée. 
Mais... Quand après avoir fait la queue bien en rang jusque sur la 88ème rue (Oui, le vendredi soir le Guggenheim est gratuit), nous entrons dans le forum, la rampe est maintenant soulignée par une main courante en aluminium. Dans ce grand hall, une installation de voiles de tissus et de feuillets de papiers entassés s'adosse à la rampe naissante. C'est une partie de l'oeuvre d'Ann Hamilton, Human Carriage et ô bonheur, cette dame en noir qui farfouille dans les papiers entassés, c'est elle,oui, Ann Hamilton. 

Pour une explication plus détaillée de son installation je vous renvoie à la vidéo du Guggenheim où entre deux discours de la commissaire de l'expo The Third Mind présentée en ce moment, Ann Hamilton explique la transmission des textes et leur accumulation en nous.
Ce que je veux retenir ici, c'est la légèreté de cet oiseau hybride qui descend le long de la rampe, tinte lorsqu'il heurte ces obstacles pour finalement arriver au bas de l'installation et détacher les quelques feuillets qui viennent gonfler le tas dans le hall du musée. L'heure de passage n'est pas déterminée, les visiteurs voient l'artiste (ou son assistante) préparer chacune des "représentations" : préparer les feuillets, faire remonter l'oiseau via un système de poulies. Les coulisses sont au centre de l'espace. Et lorsqu'il se lance, l'oiseau attire tous les visiteurs qui se penchent à la rampe. Tous les spectateurs suivent son chemin et souvent applaudissent lorsque tombent les feuillets. La spirale de Monsieur Wright devient théâtre et tous les spectateurs participent ainsi à chaque représentation.  

jeudi 2 avril 2009

Et tombe la nuit (blanche)



On l'appréhendait cet hiver au Canada... Des températures extrêmes, on nous avait dit que nos lobes d'oreilles gèleraient et qu'il valait mieux qu'on s'équipe chaudement. Devenir esquimau. 
Ça s'annonçait magique toute cette neige, ce manteau blanc qui recouvrirait la ville et on vivrait comme dans une chanson de noël, comme ça pendant 4 mois. 
C'est avec des petits flocons dans la tête qu'on s'est imaginée cette installation pour la Nuit Blanche à Montréal. En initiant le projet en septembre, on y a projeté toute la féérie qu'on avait de hâte de vivre à -40. 
La cage d'escalier du Pavillon Design s'est transformée en sablier géant. Les flocons sont devenus des feuilles de papier, puis des origamis, des oreillers... Et le blanc a pris diverses formes pour imaginer des paysages, des danses, des histoires.